BLAST!!!!

Enfin! Le quatrième et dernier tome de BLAST arrive en librairie vendredi!

BLAST c’est une série de Larcenet, sombre, belle, profonde, subtile, drôle et triste.
C’est magnifique, c’est un chef-d’oeuvre!

Pour la dernière fois, Polza Mancini
est assis face aux flics qui le cuisinent depuis six cents
pages. Ils veulent savoir comment les choses sont arrivées –
c’est leur job. Polza tient à expliquer pourquoi c’est arrivé –
c’est sa vie. Alors, au lieu de répondre aux questions,
il reprend son récit où il l’avait laissé : dans la maison de
Roland et Carole, où il guérit mal de la séance de torture
qu’il vient de subir. C’est l’hiver, ils vivent calfeutrés, tous
trois profondément blessés, tous trois liés par toutes sortes
de complicités et de colères. Roland, schizophrène, arrête
de prendre ses médicaments et recommence à faire des
conneries. Carole veut l’interner, Polza refuse et le surveille
jour et nuit. Sauf ce matin où le soleil revient. Polza a toujours
aimé le soleil, la liberté, la tiédeur de l’air, et pendant qu’il se
balade dans ce monde qui va vers l’été, Roland va au bout
de sa folie, et Carole au bout de la douleur, là où « il n’y a
plus d’endroit où aller, nulle part où ça fasse moins mal ».
Polza, lui, connaît un endroit, il l’a
appelé le « blast ». Alors Carole veut vivre le
blast avec lui. Mais, pendant tout ce temps, depuis le début,
la machine policière, logique et laborieuse, traquait cette
incompréhensible « grasse carcasse » qui lui filait entre
les pattes et, maintenant, elle touche au but.
Larcenet est arrivé au bout, et on admire, les
larmes aux yeux pour peu qu’on soit un chouïa trop sensible.
On a tout aimé de cette longue dérive.
Le fil de l’histoire, tendu du début à la fin. La puissance des
émotions et des non-dits. L’élégance avec laquelle l’auteur
a déballé ses tripes. L’humour et l’ironie étroitement mêlés
à l’intelligence – avec, en bonus cadeau, les visites rigolotes
de Ferri et son Jasper l’ours bipolaire. L’intensité d’un dessin
noir-gris-blanc qui sculpte paroles et silences. La force
avec laquelle il nous a embarqués où il voulait, à l’arrache,
comme dans une rengaine de Mano Solo – musique pêchue,
rage et chagrin, tornade émotive « à mille bornes de l’espoir ».
Et jusqu’au titre de ce dernier
volume, Pourvu que les bouddhistes
se trompent, dont on se demande ce
qu’il vient faire là, et qui prend toute
sa force au final.

Polza aussi est arrivé au bout. N’ayant plus personne à décevoir
après la mort de son père, il était parti sur les routes, il avait
marché seul vers nulle part, n’attirant sur lui qu’agressivité,
sauvagerie et humiliation, jusqu’à descendre aux enfers. « Rien
ne serait jamais juste, gratuit, indolore ou permanent », l’avait
prévenu son père. Il a quand même fini par trouver un ami et un
amour. L’ami était « compliqué », l’amour n’était pas du genre
qui va bien tourner. C’est même l’amour qui, par un beau jour
de soleil au bord d’une rivière, le précipite vers la fin.
De toute façon, Polza Mancini n’avait
pas droit à un happy end, ça crevait les
yeux. On ne saura jamais qui il était
– intelligent, affable, manipulateur, étrangement calme, euphorique,
picoleur, coléreux, dépressif, criminel –, « avec lui rien n’était
simple », dit le flic.
Larcenet a réussi à dépiauter une âme
humaine inoubliable, et il lui fallait huit cents pages
pour arriver à ça. Et pour installer une tragédie qui, entre les pics
de violence, laisse une place au vent, aux saisons et au silence.
On le sentait depuis le début, Blast, patchwork d’ombre et de
lumière, est un chef-d’oeuvre.

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